L'Europe divisée sur la relance du nucléaire civil

Alors que le marché de l’énergie souffre de la guerre au Moyen Orient, un sommet à Paris veut donner un nouvel élan au nucléaire civil.

De la fumée se dégage des cheminées d'une centrale nucléaire
Des pays comme l'Autriche sont opposés au nucléaire.Image: IMAGO/alimdi

Le ton est donné : réduire la part du nucléaire en Europe était une "erreur stratégique”, selon la présidente de la Commission européenne, Ursula von de Leyen, lors d'une déclaration au sommet sur le nucléaire civil à Paris ce mardi (10.03).

Ce sommet réunit une quarantaine de pays autour de la relance du nucléaire civil, alors que la guerre au Moyen-Orient et en Ukraine perturbent les approvisionnements en hydrocarbures et posent la question de la souveraineté énergétique des Etats dépendants des énergies fossiles.

En Europe, la France, où les centrales nucléaires produisent la grande majorité de l'électricité, plaide pour l'atome comme facteur "d'indépendance” face aux hydrocarbures qui deviennent un "instrument de déstabilisation”, selon les mots du président français Emmanuel Macron lors de l'ouverture du sommet, organisé en coopération avec l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

L'Allemagne regrette sa sortie du nucléaire

En Allemagne, qui avait annoncé sa sortie du nucléaire il y a 15 ans après la catastrophe de Fukushima au Japon, l'actuel chancelier Friedrich Merz parle lui aussi désormais "d'une grave erreur stratégique". Le pays a définitivement stoppé sa production d'énergie nucléaire en 2023.

D'autres membres de l'UE comme l'Espagne et l'Autriche sont fortement opposés à l'atome et misent avant tout sur les énergies renouvelables. Par exemple, l'Autriche ambitionne produire 100% de son électricité à partir de sources d'énergie renouvelable d'ici 2030.

En 2024, selon les données Eurostat, les renouvelables représentaient un peu plus de 47 % de la production d'électricité dans l'UE, contre près de 23 % pour l'énergie nucléaire.

Un réacteur SMR assemblé en Chine
La Chine devance l'Europe sur la production de SMR. Image: China National Nuclear Corporation/Handout via Xinhua/picture alliance

A ce stade, Bruxelles se concentre sur les technologies nucléaires innovantes à travers les petits réacteurs modulaires appelés SMR (Small modular reactors). Il s'agit de réacteurs de faible puissance prévus pour être fabriqués en usine puis être assemblés sur place, réduisant les délais et les coûts d'accès à la technologie nucléaire.

La Commission européenne souhaite des SMR opérationnels d'ici le début des années 2030. Dans ce domaine, la Chine et les Etats-Unis sont en avance.

Plus d'une dizaine de pays africains nourissent des ambitions nucléaires civils

Selon les organisateurs du sommet de Paris, "l'essor des petits réacteurs modulaires pourrait faciliter l'accès à l'énergie nucléaire à des pays comme le Ghana, le Rwanda, le Togo et l'Afrique du Sud, avec des projets plus petits et moins coûteux.

Aujourd'hui, l'Afrique du Sud est le seul pays du continent à disposer d'une centrale nucléaire. Comme le précise un rapport de l'AIEA, une centrale est en construction en Egypte.  

Par ailleurs, des travaux préparatoires pour la construction d'une centrale nucléaire ont été lancés au Ghana, au Kenya et au Nigeria. Ces trois pays ont déjà établi des organismes chargés de suivre l'implémentation et la sécurité de futures installations.

Par ailleurs, explique l'AIEA, s'ajoute à cette liste une dizaine de pays considérant se doter de l'atome.

Parmi ces pays, le Maroc, le Niger, le Soudan et l'Ouganda, ont tous accueilli des missions d'évaluation de l'AIEA et "s'efforcent de mettre en œuvre les recommandations de l'agence”.

La liste des pays qui “envisagent ou préparent activement l'introduction de l'énergie nucléaire”, comprend également l'Algérie, l'Ethiopie, le Sénégal, le Rwanda, la Tunisie et la Zambie.

Une opportunité pour les pays producteurs d'uranium

L'an dernier, les projets, ou du moins les promesses, se sont ainsi multipliés sur le continent. Le Mali et le Burkina Faso ont signé des accords de coopération avec l'entreprise russe Rosatom pour le développement du nucléaire civil.

Un homme devant des barils bleus sur le site de production d'uranium d'Arlit au Niger.
L'uranium en Afrique est produit au Niger, comme à Arlit sur cette photo, mais surtout en Namibie. Image: Ferrando/Andia.fr/IMAGO

Enfin, comme une centrale a besoin d'uranium pour fonctionner, le rapport voit dans une relance mondiale du nucléaire un important potentiel pour les pays africains disposant de ce combustible. La Namibie et le Niger font partie des principaux producteurs d'uranium au monde. L'Afrique du Sud en dispose également dans une moindre mesure.

Aujourd'hui, le nucléaire représente 10% de l'électricité produite dans le monde, avec 450 réacteurs, dans une trentaine de pays.