Le professionnalisme est la clé de la liberté d'information

Malgré tous les défis que la profession doit relever, le journalisme reste une carrière de choix pour les jeunes du monde entier. Pourtant, l'accès à la profession et les conditions de travail varient considérablement d'un pays à l'autre. Le professeur Ferdinand Kpohoue, directeur de l'École nationale des sciences et techniques de l'information et de la communication (ENSTIC) à Abomey-Calavi, au Bénin, donne un aperçu de son travail. Son institut est en contact permanent avec les écoles de journalisme et les établissements d'enseignement du monde entier, y compris avec le programme de master francophone en journalisme international (MFJI) de la DW Akademie.
Professeur Kpohoue, le journalisme est-il une profession recherchée au Bénin ?
Oui, c'est une réalité. Beaucoup de jeunes rêvent de passer à la télévision, à la radio ou de voir leur nom en exergue d'un article de journal. Le journalisme est considéré comme un métier noble, qui offre une grande visibilité. Mais, bien sûr, il faut savoir ce que l'on fait. Une formation solide est essentielle pour exceller dans cette profession, pour faire des recherches approfondies et présenter les faits avec justesse.
Quelles sont les perspectives de carrière et les conditions de travail des journalistes au Bénin ?
Cela dépend beaucoup du média pour lequel vous travaillez. Si vous êtes employé par l'un des grands médias publics, vous pouvez généralement bien gagner votre vie. En revanche, si vous travaillez comme pigiste pour de petits médias privés, par exemple, votre salaire n'est pas réglementé et il est souvent très bas. Ce sont précisément ces journalistes qui courent alors le risque d'être exposés à l'influence, voire à la corruption, et de se mettre au service de certains groupes ou individus pour arrondir leurs fins de mois. C'est pourquoi le professionnalisme est si essentiel pour obtenir un bon emploi et un bon salaire afin de pouvoir informer librement.

En quoi consiste la formation au journalisme dans votre institut ?
En plus des études universitaires, nous mettons l'accent sur l'expérience professionnelle pratique. Les étudiants passent plusieurs mois en stage au cours de chaque année universitaire. En plus de leur mémoire de licence ou de master, ils doivent présenter une production audio ou vidéo à la fin de leurs études, qui est prise en compte dans leur note finale.
Nous proposons également à nos étudiants des cours de langues locales. Cela leur ouvre des perspectives d'emploi supplémentaires, car ils peuvent travailler non seulement pour les médias francophones, mais aussi pour les radiodiffuseurs régionaux et les médias ruraux qui diffusent des informations dans les langues locales. Des cours d'entrepreneuriat font également partie de notre programme d'études. Ils permettent aux diplômés de créer, s'ils le souhaitent, leur propre entreprise de médias, comme des portails d'information en ligne.
Quel rôle jouent les collaborations internationales dans le programme ?
Un rôle essentiel. Nous voulons offrir à nos étudiants le plus grand nombre possible de témoignages et d'échanges avec d'autres étudiants et professionnels. Plus ils rencontrent de gens, plus ils échangent des connaissances et plus leur expérience est riche, plus ils seront à même d'exercer leur métier. Nous coopérons déjà avec des écoles de journalisme au Sénégal, au Mali, en Guinée, en Sierra Leone et dans d'autres pays africains.
Une coopération internationale comme celle qui existe avec le programme de master en langue française de la DW Akademie, le Master francophone en journalisme international (MFJI), serait un complément intéressant. Elle donnerait à nos étudiants l'occasion unique de travailler avec des étudiants de nombreux pays et des tuteurs internationaux. J'apprécie particulièrement le fait que les derniers mois du MFJI soient effectués dans les pays d'origine respectifs. Cela garantit que les pays d'origine bénéficient également de leurs connaissances, de leurs points de vue et de leurs idées.
Quels sont, selon vous, les plus grands défis qui se profilent à l'horizon pour les journalistes au Bénin ?
Les principaux défis que je vois ne concernent pas seulement les journalistes du Bénin. L'IA et les « fake news » sont une grande menace pour tous les journalistes. Il semble parfois effrayant que nous ne connaissions pas encore les limites ou la mesure dans laquelle cela influencera notre travail. Nous devons donc nous assurer que les professionnels des médias sont bien équipés pour faire la différence entre les faits et la fiction et qu'ils sont capables de naviguer dans les nouvelles technologies. Là encore, une éducation solide et la coopération entre les institutions et les experts du monde entier sont indispensables pour relever ces défis.
A propos de l'ENSTIC
L'École nationale des sciences et techniques de l'information et de la communication (ENSTIC) de l'Université d'Abomey-Calavi est la seule institution publique au Bénin qui forme des étudiants dans les domaines du journalisme, de l'audiovisuel et de la communication. L'ENSTIC a été créée en 2011. Chaque année, près de 170 étudiants s'y inscrivent en vue d'obtenir une licence ou un master, avec une spécialisation en journalisme, en communication et relations publiques, en conception et gestion de projets numériques ou en audiovisuel et multimédia.


